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Le fardeau psychologique des patients atteints de méningiome, dans le cadre d’une stratégie d’attente et de surveillance et après une résection complète, est élevé – résultats d’une étude prospective sur un centre unique

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Lien : https://www.mdpi.com/2072-6694/12/12/3503

Texte complet : https://www.mdpi.com/2072-6694/12/12/3503/htm

Les méningiomes asymptomatiques sont présents dans 1 à 2 % des IRM crâniennes. La plupart d’entre eux ne présentent aucune croissance ou une croissance minime et sont observés lors de l’imagerie de suivi. Cependant, les patients sont confrontés à un diagnostic de tumeur cérébrale. Jusqu’à présent, il n’existe pas de dépistage de détresse établi pour ces patients. Dans cette étude, nous avons évalué la charge psychologique des patients atteints de petits méningiomes asymptomatiques et l’avons comparée à celle des patients ayant subi une résection complète du méningiome et ayant obtenu d’excellents résultats postopératoires. Nous avons constaté une forte prévalence des symptômes d’anxiété et de dépression dans les deux groupes d’étude. Cela démontre que même les patients atteints de tumeurs intracrâniennes asymptomatiques bénignes peuvent être en grande détresse et avoir besoin d’un soutien psycho-oncologique.

Résumé

Le diagnostic des méningiomes intracrâniens en tant que découvertes fortuites augmente grâce à la disponibilité croissante des diagnostics par IRM. Cependant, la détresse psychologique des patients atteints de méningiomes accidentels dans le cadre d’une stratégie d’attente et de surveillance est inconnue. Pour combler cet écart, nous avons donc cherché à comparer la situation psychosociale des patients atteints de méningiome dans le cadre d’une stratégie d’attente et de surveillance à celle des patients après une résection complète. Les critères d’inclusion pour l’étude prospective monocentrique étaient soit un méningiome accidentel dans le cadre d’une stratégie d’attente et de surveillance, soit l’absence de déficit neurologique après une résection complète.

La qualité de vie et les données cliniques sociodémographiques relatives à la santé ont été évaluées. Les facteurs psychosociaux ont été mesurés par le thermomètre de la détresse (DT, Distress Thermometer), l’échelle d’anxiété et de dépression de l’hôpital (HADS, Hospital Anxiety and Depression Scale), le bref inventaire de la fatigue (BFI, Brief Fatigue Inventory) et le formulaire abrégé (SF-36, Short Form). Un total de 62 patients a été inclus (n = 51 femmes, âge moyen 61 (SD 13) ans). Selon l’HADS, la prévalence de l’anxiété était de 45% dans le groupe postopératoire et de 42% dans le groupe d’attente et de surveillance (p = 0,60), et la dépression était de 61% et 87%, respectivement (p = 0,005). Au total, 43 % des patients sous surveillance et 37 % des patients du groupe postopératoire ont obtenu le score ≥6 sur l’échelle DT. Les scores SF-36 étaient similaires dans toutes les catégories, à l’exception de l’état de santé général (p = 0,005) et du score global de la composante physique (43,7 (13,6) contre 50,5 (9,5), (p = 0,03), tous deux inférieurs dans le groupe attente et surveillance. L’analyse multivariée a révélé que la stratégie d’attente et de surveillance était associée à un risque 4,26 fois plus élevé de score de dépression pathologique selon l’HADS (p = 0,03). Cette étude démontre une forte prévalence de détresse psychologique chez les patients atteints de méningiome. Une évaluation plus approfondie est nécessaire pour identifier les patients ayant besoin d’un soutien psycho-oncologique.

Mots-clés : anxiété ; dépression ; méningiome ; détresse psychologique ; qualité de vie ; chirurgie ; attente et surveillance.


ETUDE ENTIERE

1. Introduction

Les méningiomes sont parmi les tumeurs primaires du système nerveux central les plus fréquemment diagnostiquées, représentant environ un tiers de tous les cas. Il s’agit généralement de lésions bénignes à croissance lente, le plus souvent diagnostiquées chez des patients âgés et des femmes. Des méningiomes asymptomatiques peuvent être trouvés dans 1 à 2 % des IRM crâniennes. En raison de la disponibilité croissante de l’imagerie diagnostique, le nombre de patients présentant des méningiomes fortuits a augmenté. La majorité de ces néoplasmes ne présentent qu’une croissance minimale ; par conséquent, une stratégie d’attente et de surveillance ou une stratégie conservatrice peut être mise en place jusqu’à ce que la lésion soit significativement plus importante ou devienne symptomatique. La consultation des patientes atteintes de méningiome accidentel en vue d’une intervention chirurgicale ou d’une stratégie d’attente et de surveillance est un défi et nécessite des compétences sensibles.

En même temps, le diagnostic d’une tumeur cérébrale est généralement associé à un fardeau physique et psychosocial important, quelle que soit l’entité tumorale. Avec l’état cognitif et les performances, le bien-être psychologique est l’un des principaux indicateurs de la qualité de vie liée à la santé (QVLS). Les patients atteints de méningiome déclarent une qualité de vie liée à la santé moins bonne que celle des témoins en bonne santé après l’opération, et même si elle est meilleure que celle des patients atteints de gliome, cette différence entre les groupes de patients atteints de tumeurs cérébrales n’est pas cliniquement pertinente. Cependant, à notre connaissance, la plupart des études ont évalué des patients atteints d’une tumeur cérébrale qui ont subi une intervention chirurgicale : La QVLS et la détresse psychologique diminuent après l’opération, mais les données concernant le retour à la normale sont contradictoires.

En revanche, il existe peu de données sur la charge psychologique et la QVLS des patients atteints d’une tumeur cérébrale dans le cadre d’une stratégie d’attente et de surveillance sans diagnostic confirmé par l’histopathologie. Un patient atteint d’un petit méningiome asymptomatique est confronté à un diagnostic de tumeur cérébrale et, dans la plupart des cas, à une recommandation pour une IRM de suivi sans aucune autre mesure de soutien telle qu’un soutien psycho-oncologique. Ces patients sont vus moins fréquemment, généralement une fois par an ou deux, comme le recommandent les lignes directrices. Il n’existe pas de questionnaire sur la QVLS spécifique au méningiome et, contrairement aux patients atteints de gliome, il n’y a pas de dépistage de la détresse établi. L’identification des patients en détresse dans ce groupe pourrait aider à élaborer de meilleures stratégies de suivi, de traitement et de soutien des patients.

L’objectif de l’étude était d’étudier la charge psychologique des patients atteints de méningiomes avec une recommandation d’attendre et de surveiller, par rapport aux patients ayant un bon résultat après une résection complète.

2. Résultats

2.1. Patients

Soixante-deux patients au total (51 (82 %) de sexe féminin, âge moyen 61 ans (écart type (ET) 13)) ont participé à l’étude. Les caractéristiques détaillées des patients sont présentées dans le tableau 1 (cliquez sur le lien pour voir le tableau). Les groupes de patients en attente et en postopératoire étaient relativement comparables, avec environ 36 % des patients présentant des méningiomes de convexité. Le rapport femmes/hommes et la proportion de patients vivant avec un partenaire étaient similaires. Les patients du groupe d’attente et de surveillance étaient légèrement plus âgés (66 (ET 12) contre 57 (ET 13) ans, p = 0,008). Plus de 90 % des patients évalués avaient un statut de performance du groupe d’oncologie coopérative de l’Est (ECOG, Eastern Cooperative Oncology Group) de 0 ou 1 dans les deux groupes. Le score moyen de l’évaluation neurologique en neuro-oncologie (NANO, Neurologic Assessment in Neuro-Oncology) était de 0,4 (ET 0,9, intervalle 0-4) et était similaire dans les deux groupes d’étude. Au total, 14 (23 %) patients ont reçu 1 point ou plus. Deux (6 %) patients étaient sous surveillance et un (3 %) patient du groupe postopératoire a été diagnostiqué comme ayant un trouble psychiatrique. Il y avait une différence significative dans la taille du méningiome avant l’opération par rapport aux patients du groupe sous surveillance (30 mm (ET 18) et 18 mm (ET 10), respectivement, p = 0,016). Le temps moyen écoulé depuis le diagnostic de méningiome dans le groupe en attente et le temps écoulé depuis l’opération étaient comparables (39 (ET 47) et 32 (ET 44) mois, respectivement). Une croissance tumorale a été observée chez six (19 %) patients du groupe en attente. Une rechute de la tumeur a été diagnostiquée chez deux (6%) patients après l’opération du méningiome. Quatre (15 %) méningiomes de type II de l’OMS ont été constatés ; cependant, aucun patient n’a reçu de radiothérapie ou de méthodes de traitement alternatives dans l’un ou l’autre groupe. L’utilisation de médicaments à base de stéroïdes n’a pas été abordée lors de l’entretien.

2.2. La charge psychologique telle que mesurée par l’HADS et le DT

Le score moyen sur l’échelle d’anxiété et de dépression de l’hôpital (HADS-A) était de 10,0 (ET 2,0, intervalle 4-14) dans le groupe d’attente et de surveillance et de 10,0 (ET 1,8, intervalle 6-14, p = 0,92 dans le groupe postopératoire. Le score de dépression HADS (HADS-D) était de 11,3 (ET 1,9, intervalle 4-14) et 10,9, respectivement (ET 1,5, intervalle 8-13), p = 0,23. Une majorité de patients dans les deux groupes ont obtenu des valeurs limites ou pathologiques (figure 1). De telles valeurs ont été identifiées chez 94 % des patients du groupe attente et surveillance et 87 % du groupe postopératoire sur la base du score HADS-A, ainsi que chez 94 % et 100 % des patients sur la base du score HADS-D, respectivement. Aucune différence statistiquement significative entre les groupes n’a été constatée pour l’échelle HADS-A (p = 0,60) ; cependant, un nombre significativement plus élevé de patients du groupe attente et surveillance ont présenté des valeurs pathologiques sur le score HADS-D (p = 0,005).

Figure 1. Distribution des patients présentant des valeurs limites et pathologiques sur les scores HADS parmi les groupes d’étude. Un score inférieur à 8 est considéré comme normal, 8-10 comme limite et plus de 10 comme pathologique.

Le thermomètre de la détresse (DT) a montré une détresse psychologique significative dans une grande proportion des deux groupes d’étude. Le score moyen du DT dans les groupes d’attente et d’intervention était comparable (4,9 (ET 2,0) contre 4,1 (ET 2,9), p = 0,31). Toutefois, 43 % des patients en attente et 37 % des patients du groupe postopératoire ont présenté une détresse significative, c’est-à-dire une valeur DT ≥ 6. L’analyse de la DT a montré qu’une proportion significativement plus élevée de patients dans le groupe d’attente et de surveillance avaient des problèmes d’apparence (19 % contre 0 %, p = 0,01), des plaies buccales (29 % contre 6,5 %, p = 0,02) et de la douleur (67,7 % contre 41,9 %, p = 0,04) (figure S1). La fatigue était le problème le plus fréquent identifié dans la liste des problèmes dans les deux groupes d’étude (55 % dans le groupe postopératoire et 48 % dans le groupe d’attente et de surveillance), suivie par l’inquiétude (45 % et 52 %) et les troubles du sommeil (45 % et 42 %, respectivement).

2.3. La QVLS telle que mesurée par le SF-36

L’analyse des résultats de l’enquête abrégée sur la santé (SF-36) a révélé qu’il n’y avait pas de différences statistiquement significatives dans la perception de la santé entre les groupes d’étude dans toutes les catégories, à l’exception de l’état de santé général, qui était significativement plus faible dans le groupe attente et surveillance (p = 0,005) (figure 2). Le score global de la composante santé physique était significativement plus faible dans le groupe attente et surveillance (43,7 (13,6) contre 50,5 (9,5), p = 0,03) ; le score global de la composante santé mentale était similaire dans les deux groupes (39,9 (15,7) contre 46,2 (13,3), p = 0,10).

Figure 2. Comparaison des composantes de l’enquête de santé SF-36 parmi les groupes d’étude. L’astérisque représente une différence significative entre les groupes (p < 0,05) ; les barres d’erreur représentent l’erreur type de la moyenne. PF-fonctionnement physique, RP-rôle-physique, BP-douleur corporelle, GH-santé générale, VT-vitalité, SF-fonctionnement social, RE-rôle-émotionnel, MH-santé mentale.

2.4. La fatigue mesurée par le BFI

Le score total moyen de l’inventaire de la fatigue brève (BFI) était similaire dans les groupes attente et surveillance et postopératoire (3,3 (1,5) contre 3,4 (1,8), p = 0,95). Les valeurs moyennes ainsi que la proportion de patients présentant une fatigue cliniquement significative (≥7) étaient similaires parmi les sous-échelles, sauf pour la joie de vivre, où le groupe attente et surveillance a obtenu des valeurs significativement plus mauvaises par rapport au groupe postopératoire (Tableau 2, cliquez sur le lien pour voir le tableau). La « fatigue la plus importante » était élevée : 45,2 % dans le groupe attente et surveillance et 58,1 % dans le groupe postopératoire. Aucune corrélation n’a été trouvée entre la moyenne et la « fatigue la plus importante » et les scores DT et HADS.

2.5. Facteurs associés à une charge psychologique plus élevée

Nous avons évalué la corrélation entre les résultats de différentes mesures de la détresse psychologique : les scores HADS-A et HADS-D, le score DT, le rôle-émotionnel (RE) et la composante mentale agrégée du SF-36. Parmi toutes les paires, des corrélations significatives entre le score DT et la composante mentale (rho de Spearman -0,68, p < 0,001) et entre le score DT et le RE (rho de Spearman -0,57, p < 0,001) ont été trouvées. Pour identifier les facteurs associés à une détresse significative, une régression logistique uni-variée a été effectuée. Comme il y avait peu de patients sans symptômes selon les scores HADS, la classification a été simplifiée en deux groupes : pathologique et limite / pas de symptômes. Le DT ≥ 6 a également été utilisé pour indiquer une détresse significative. Le grade de l’OMS n’a pas été inclus, car il y avait trop peu de cas avec des grades supérieurs. Il n’y avait pas d’associations statistiquement significatives pour les scores pathologiques DT et HADS-A. La stratégie d’attente et de surveillance a été associée à un risque 4,26 fois plus élevé de score pathologique sur le score HADS-D (p = 0,03), et le score NANO plus élevé (pire) a été associé à un risque plus faible de symptômes de dépression (p = 0,04) (tableau 3, cliquez sur le lien pour voir le tableau). Le score NANO moyen était de 0,2 (ET 0,5) chez les patients présentant des symptômes de dépression et de 1,1 (ET 1,4) chez les autres patients. Les deux facteurs (scores NANO et groupe de traitement) sont restés significativement associés à la dépression dans le HADS-D dans un modèle multivarié (tableau 4, cliquez sur le lien pour voir le tableau).

Comme la majorité des patients (50 sur 62) ont été inclus en 2019, la pandémie de Covid-19 n’a pas influencé la santé mentale de la plupart des patients. Une comparaison directe entre les patients recrutés en 2020 et avant n’a pas montré de différences significatives.

3. Discussion

Les données sur la détresse psychologique des patients atteints de méningiome sont considérablement faibles par rapport aux tumeurs du système nerveux centrale plus agressives, telles que les gliomes. En outre, on en sait moins sur les patients traités de manière conservatrice, car les études existantes se concentrent principalement sur les patients pré et postopératoires. Bien que cette étude n’ait inclus que des patients apparemment asymptomatiques avec d’excellents résultats après une opération du méningiome ou dans le cadre d’une stratégie d’attente et de surveillance, nous avons observé des proportions élevées de détresse psychologique importante. Plus de 80 % des patients des deux groupes ont obtenu des valeurs limites ou des valeurs d’anxiété pathologique. Les valeurs pour la dépression étaient élevées chez plus de 90 % des patients des deux groupes. La stratégie d’attente et de surveillance a été associée à un risque plus élevé de symptômes de dépression, et plus d’un tiers des patients des deux groupes ont éprouvé une détresse significative selon les données du DT.

3.1. Dépression et anxiété chez les patients atteints de méningiome

Les quelques études existantes sur la dépression et l’anxiété chez les patients atteints de méningiome montrent des niveaux de détresse plus élevés que dans la population générale – la proportion de patients présentant des scores HADS-A anormaux a atteint 70 %, et pour le HADS-D, 30 % chez les patients opérés. Dans la plupart des cas, les symptômes ont diminué après l’opération. Une étude examinant les patients souffrant de méningiomes et de schwannomes de l’angle ponto-cérébelleux dans le cadre d’une stratégie de surveillance et d’attente a rapporté des niveaux d’anxiété et de dépression cliniquement pertinents chez un tiers des patients. La proportion d’anxiété et de dépression dans notre cohorte était plus élevée par rapport à d’autres études. Cela pourrait refléter certaines différences régionales. Cependant, une étude multicentrique plus importante est nécessaire pour approfondir ces observations. Les valeurs moyennes du score HADS dans notre étude étaient environ deux fois plus élevées que la valeur de la population allemande normale. Ces résultats sont particulièrement alarmants, car une différence statistiquement significative dans la survie globale des patients atteints de méningiome, stratifiée selon leur score HADS-D préopératoire, a été rapportée.

3.2. Qualité de vie des patients

Dans notre étude, les valeurs de la composante santé physique du SF-36 étaient comparables aux valeurs rapportées chez les patients atteints de méningiome avant et après le traitement chirurgical. Après une opération pour méningiome, les patients déclarent généralement une QVLS plus faible que celle des témoins sains, bien que certaines données sur les patients ayant subi une opération pour méningiome asymptomatique n’aient montré aucune différence significative par rapport à la population générale.

D’autre part, les données sur les patients sous surveillance font défaut. Dans une étude portant sur des témoins sains, des patients en attente et sous surveillance et des patients en postopératoire, un niveau de QVLS plus faible (en utilisant le SF-36) mais des capacités neurocognitives intactes ont été signalées chez les patients en attente et sous surveillance. En accord avec nos données, les patients en attente et sous surveillance ont rapporté une moins bonne QVLS que le groupe ayant subi une intervention chirurgicale. Une comparaison directe entre les patients opérés et non opérés atteints de méningiome est difficile, car les deux stratégies de traitement ne peuvent pas être proposées de manière égale à chaque patient. Cependant, les résultats indiquent que les patients « aisés » dont les résultats sont asymptomatiques pourraient souffrir d’un fardeau psychologique important.

Même si seule une sous-échelle de la composante santé générale et santé physique a montré des différences statistiquement significatives entre les groupes de l’étude, les scores moyens de toutes les sous-échelles étaient plus faibles dans le groupe de surveillance et d’attente. Cette observation contredit les échelles ECOG et NANO qui étaient similaires entre les groupes, indiquant une différence entre la QVLS et le fonctionnement physique et neurologique du patient, tel que mesuré par l’examinateur. La détresse psychologique est un déterminant important de la QVLS. Il y avait une corrélation significative entre le SF-36 Rôle-émotionnel (RE), les scores de la composante santé mentale et le DT mais pas avec les scores HADS de notre étude. Comme chacun de ces scores est un instrument validé, la signification de ces différences est difficile à extrapoler et, à notre avis, souligne de nombreuses facettes de l’état psychologique des patients atteints de méningiome.

3.3. Fatigue

Jusqu’à 50 % des patients atteints de méningiome sous surveillance ou avant l’opération souffrent d’une fatigue importante, ce qui en fait l’un des symptômes les plus courants dans ce groupe de patients. Environ 50 % des patients ont déclaré avoir reçu un diagnostic de méningiome six mois après l’apparition des symptômes, les plus fréquents étant les maux de tête, la fatigue et le déficit cognitif.

Les patients atteints de méningiome ont fait état de niveaux de fatigue pré et postopératoire significativement plus élevés que les valeurs normatives. Ceci est conforme à nos conclusions, car environ 50 % des patients des deux groupes d’étude ont fait état d’une fatigue importante. Les problèmes les plus fréquents identifiés par les patients de notre cohorte étaient la douleur, la fatigue, les soucis et les troubles du sommeil. Chez les patients oncologiques, la présence de fatigue peut être disproportionnée par rapport à l’activité exercée et peut réduire considérablement la qualité de vie. Il n’y a pas d’explication claire quant à la prévalence de la fatigue dans le groupe des patients en attente.

Les personnes apparemment asymptomatiques peuvent subir une imagerie diagnostique pour diverses raisons, par exemple en participant à des recherches, sur recommandation d’un médecin, dans le cadre d’un dépistage professionnel ou d’une entreprise. Il peut s’agir d’une partie des personnes souffrant de symptômes non spécifiques, tels que la fatigue, l’anxiété et la dépression, qui reçoivent une imagerie crânienne. Par exemple, la stabilité émotionnelle est associée à une dépression et à une anxiété moins graves chez les patients atteints d’une tumeur cérébrale [27]. D’autre part, la forte prévalence de la fatigue chez les patients en postopératoire, dont l’issue est par ailleurs excellente, peut devenir plus perceptible une fois que les autres symptômes se sont atténués ou refléter la prévalence des personnes dépressives ou anxieuses en tant que telles qui reçoivent une imagerie cérébrale.

3.4. Surveillance et attente vs. Stratégie opérationnelle

Les patients du groupe de surveillance et d’attente étaient significativement plus âgés que ceux du groupe postopératoire (66 contre 57 ans). Il n’y avait pas de différence statistiquement significative entre le score NANO et le statut de performance ECOG, et l’âge n’était pas un facteur pertinent pour la détresse psychologique. Des résultats similaires ont été rapportés précédemment chez des patients atteints de gliome, où le fonctionnement émotionnel et les scores DT étaient comparables entre les patients jeunes et âgés.

Le fardeau psychosocial d’une opération du méningiome par ailleurs réussie peut être durable. Les patients peuvent souffrir de troubles cognitifs, émotionnels et sociaux, de fatigue et de troubles du sommeil pendant plus de 10 ans après l’opération. De plus, des résultats accidentels potentiellement graves nécessitent un suivi potentiellement stressant, qui peut également s’appliquer aux patients postopératoires qui bénéficient d’une imagerie de suivi. La même hypothèse pourrait expliquer les scores HADS et DT plus élevés dans cette étude. Bien que la fatigue des patients atteints de méningiome ait déjà été associée à l’anxiété et à la dépression, nous n’avons pas trouvé une telle corrélation dans notre échantillon de patients.

Dans notre étude, il n’y avait pas de corrélation entre les scores HADS et DT et le temps écoulé depuis l’opération ou le diagnostic de la tumeur, ce qui indique que les patients peuvent ne pas « accepter » leur maladie même après un laps de temps important. En outre, la stratégie d’attente et de surveillance a été associée à des symptômes dépressifs dans l’analyse univariée et multivariée ainsi qu’à une perception plus faible de l’état de santé général, dans le SF-36. Cela ne se reflète pas dans les scores des observateurs (ECOG et NANO) – au contraire, un score NANO plus mauvais était associé à un risque plus faible de symptômes dépressifs. Ce résultat pourrait avoir peu de valeur clinique, car la différence était inférieure à 1,0 sur une échelle allant de 0 à 23 chez les patients qui ne présentaient pas de déficits neurologiques focaux associés au méningiome.

D’autre part, il est bien connu que les résultats rapportés par les cliniciens ne coïncident pas toujours avec les résultats rapportés par les patients. Les cliniciens signalent souvent des symptômes ; cependant, le symptôme peut ne pas être pertinent pour la QVLS ou le bien-être psychologique du patient.

Chez les patients ayant subi une opération du méningiome, la charge socio-économique peut s’expliquer par la situation professionnelle et la capacité à travailler. Cependant, dans notre étude, il n’y a pas eu d’association avec l’emploi ou le statut relationnel dans les deux groupes d’étude. Les données sur les patients en détresse psychologique atteints de méningiomes de l’OMS II ne peuvent être interprétées en raison du petit nombre de cas. Il n’y avait pas de différence significative chez les patients dont la tumeur avait progressé, bien que ces données doivent être interprétées avec prudence car le nombre de cas était faible. Par conséquent, on ne sait toujours pas comment identifier les patients qui souffrent d’une détresse pertinente.

Selon une enquête multinationale sur les patients atteints de méningiome, environ un tiers des personnes interrogées ont estimé que les informations reçues du prestataire de soins de santé au moment du diagnostic étaient inadéquates et la même proportion de patients a reçu la majorité des informations sur Internet. Cela montre clairement que les moyens de fournir des informations aux patients doivent être améliorés. Un questionnaire spécifique aux méningiomes est nécessaire de toute urgence pour traiter cette question. Néanmoins, des dépistages de routine et un soutien psycho-oncologique pourraient être utiles pour réduire la détresse des patients dont les résultats intracrâniens sont même relativement inoffensifs.

3.5. Limites de l’étude

Cette étude présente plusieurs limites. Comme elle a été réalisée dans un seul centre neurochirurgical tertiaire, un biais de sélection important doit être pris en compte. Les cohortes de patients ne sont pas importantes, ce qui compromet la généralisation des données. Aucun test neurocognitif n’a été effectué ; par conséquent, l’association avec la QVLS n’a pas pu être évaluée. Les patients n’ont pas été interrogés sur le traitement actuel aux stéroïdes, qui pourrait influencer les fluctuations de l’humeur. En outre, les patients présentant une morbidité postopératoire ont été exclus de l’étude pour des raisons méthodologiques. Cela peut représenter un biais de sélection. En outre, il n’y avait pas de questionnaire spécifique au méningiome traitant des questions pertinentes pour ces patients. Par conséquent, certains des problèmes pertinents peuvent rester non identifiés.

4. Matériels et méthodes

4.1. Conception de l’étude et patients

Nous avons réalisé une étude transversale monocentrique dans le département de neurochirurgie d’un hôpital universitaire. Les patients ont été recrutés lors de leurs consultations externes. Deux groupes de patients ont participé à l’étude :

  • ceux qui ont été soumis à une stratégie d’attente et de surveillance
  • et les patients ayant obtenu un bon résultat postopératoire après une résection de méningiome. Les critères d’inclusion étaient (1) l’âge ≥ 18 ans, (2) la capacité à fournir un consentement éclairé, (3) l’accord pour participer, et (4a) le diagnostic radiologique du méningiome intracrânien pour les patients sous stratégie d’attente et de surveillance ou (4b) un méningiome histologiquement confirmé complètement réséqué pour les patients opérés.

Afin de permettre la comparaison entre les patients atteints de méningiomes asymptomatiques et les patients opérés en termes de QVLS, seuls les patients ayant un excellent résultat postopératoire, c’est-à-dire sans méningiome postopératoire – déficit ou symptômes neurologiques associés (à l’exception de légers maux de tête (1-2/10 sur une échelle numérique analogique pour la douleur), d’une hypesthésie postopératoire du cuir chevelu ou d’une faiblesse des muscles frontaux) ont été inclus. Les critères d’exclusion étaient le diagnostic d’une autre tumeur, l’indication de l’opération en raison d’une masse tumorale importante, le déplacement de la ligne médiane, l’hydrocéphalie ou les déficits neurologiques.

Le comité d’éthique de Rhénanie-Palatinat, en Allemagne, a examiné et approuvé cette étude (2018-13828). Toutes les procédures effectuées étaient conformes aux normes éthiques du comité de recherche institutionnel et national et à la déclaration d’Helsinki de 1964 et ses amendements ultérieurs ou à des normes éthiques comparables.

4.2. Enquêtes

Après avoir signé un formulaire de consentement, une évaluation des fonctions neurologiques du patient a été réalisée à l’aide de l’échelle NANO et de l’état général des performances du groupe ECOG, et des données démographiques et spécifiques à la tumeur ont été acquises. Les données démographiques comprenaient le sexe, l’âge, le niveau d’éducation (supérieur au secondaire ou autre), l’emploi, la situation familiale (vivre avec un partenaire) et les comorbidités. Les patients ont été explicitement interrogés sur les comorbidités psychiatriques et le traitement actif ou terminé. La localisation, la taille, la croissance et le grade histologique des tumeurs (pour les patients opérés) ont été pris en compte. La localisation de la tumeur a été classée selon la convexité, le faux, la fosse antérieure, moyenne, postérieure et la selle/sinus caverneux. Le temps écoulé depuis le dernier événement significatif, c’est-à-dire le diagnostic de la tumeur pour les patients sous surveillance et le temps écoulé depuis l’opération pour les patients opérés, a également été enregistré.

4.3. Questionnaires appliqués

Des adaptations allemandes du SF-36, du DT, du HADS et du BFI ont été utilisées pour l’évaluation de la QVLS et de la détresse psychologique.

Le SF-36 est un questionnaire multidimensionnel validé qui mesure la QVLS ; il comprend huit échelles décrivant la vitalité, le fonctionnement physique, la douleur corporelle, les perceptions générales de la santé, le fonctionnement des rôles physiques, le fonctionnement des rôles émotionnels, le fonctionnement des rôles sociaux et la santé mentale. Les scores globaux physiques et des composantes peuvent être calculés à l’aide des échelles susmentionnées.

Le HADS est un questionnaire mesurant les symptômes de dépression et d’anxiété, basé sur 14 questions. Les questions évaluent de manière interchangeable l’anxiété et la dépression et fournissent deux scores : Le score d’anxiété (HADS-A) et le score de dépression (HADS-D). Un score inférieur à 8 est considéré comme normal, 8-10 comme limite, >10 comme pathologique.

Le DT est un questionnaire de dépistage ultracourt qui évalue la charge psychologique (= « détresse ») sur une échelle numérique analogique, de 0 à 10. Il s’accompagne d’une liste de 40 problèmes englobant des préoccupations émotionnelles, pratiques, physiques et spirituelles et est validé pour les patients atteints d’une tumeur cérébrale. Selon Goebel et al, un score de ≥6 sur l’échelle DT est considéré comme une charge significative.

Le BFI est un questionnaire qui évalue la fatigue sur la base de 10 questions et d’un score moyen. La « pire fatigue » de ≥7 correspond à une fatigue cliniquement significative. La gravité de la fatigue sur l’échelle BFI de 0 à 6 est considérée comme « non sévère » et ≥7, comme « sévère ».

4.4. Statistiques

Le résultat principal était la différence entre les groupes concernant la charge psychologique telle que mesurée par le score HADS. La taille de l’échantillon a été estimée à 31 patients/groupe, en ne considérant aucune différence dans les valeurs HADS entre les groupes comme une hypothèse nulle, pour une différence cliniquement pertinente de ±3 ; si l’écart-type n’est pas supérieur à 4, la possibilité maximale d’erreur de type I = 5% et celle de type II = 20%. Les données catégorielles ont été décrites par des fréquences absolues et relatives, et les données continues ont été décrites par la moyenne et l’écart-type.

Les résultats secondaires étaient le niveau de détresse psychologique tel que mesuré par les scores DT, SF-36 et BFI et leur association avec les facteurs démographiques et ceux liés aux tumeurs. La différence des valeurs absolues des scores entre les groupes a été évaluée, après avoir évalué la distribution des variables testées par le test de Student ou le test de Wilcoxon-Mann-Whitney. La différence dans la distribution des variables catégorielles a été évaluée par un test du Khi-deux. La corrélation entre les scores mesurant la détresse psychologique (DT, HADS-A, HADS-D, et la composante mentale du SF-36) était destinée à évaluer l’interchangeabilité et a été évaluée à l’aide du rho de Spearman. Des régressions logistiques univariées et multivariées ont été utilisées pour évaluer l’association des caractéristiques cliniques avec un fardeau psychologique important. Pour l’analyse de régression, la localisation de la tumeur a ensuite été classée comme faux/convexité vs base du crâne, et l’âge du patient a été classé comme ≥65 ans vs plus jeune. Le sexe, la famille et la situation professionnelle, le score de performance ECOG et le score NANO, la taille de la tumeur, sa localisation, le temps écoulé depuis le dernier événement significatif (diagnostic ou opération de la tumeur), le grade de l’OMS et la progression de la tumeur ont également été inclus dans l’analyse univariée. Aucune correction pour les tests multiples n’a été effectuée. Une valeur p inférieure à 0,05 a été considérée comme statistiquement significative.

5. Conclusions

Cette étude démontre une forte prévalence de détresse psychologique chez les patients atteints de méningiome, indépendamment de la stratégie de prise en charge. Une évaluation plus approfondie est nécessaire pour identifier les patients ayant besoin d’un soutien psycho-oncologique.