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Lutéran, Lutényl et méningiome : vers une meilleure information des patientes

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La prise de Lutéran ou du Lutényl induit un sur-risque de méningiome, qui augmente avec la dose utilisée et la durée du traitement. L’agence du médicament, qui a restreint ses indications, prépare des documents d’information pour mieux informer les patientes.

Ces deux médicaments – acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) et acétate de chlormadinone (Lutéran et génériques) sont des progestatifs, dérivés d’une hormone, la progestérone. Jusqu’à présent, leurs indications étaient nombreuses notamment pour traiter des troubles gynécologiques liées à une insuffisance en progestérone, notamment en période de préménopause (irrégularités menstruelles, syndrome prémenstruel…) mais aussi pour diminuer les règles abondantes en cas de fibromes. Ils étaient également utilisés pour soigner l’endométriose. Ces progestatifs étaient en outre parfois prescrits (hors AMM) comme contraceptifs aux femmes à risque cardiovasculaire pour lesquelles les oestro-progestatifs étaient contre-indiqués.

Problème, alertait ce 17 juin, l’Agence du médicament (ANSM), ils augmentent le risque de méningiomes, des tumeurs le plus souvent bénignes localisées dans les méninges, ces couches de tissu qui recouvrent et protègent le cerveau ainsi que la moelle épinière. L’agence avait déjà tiré la sonnette d’alarme en février 2019, au vu des nombreux cas identifiés. Les notices d’utilisation des deux médicaments avaient alors été revues. Selon l’ANSM, 50 à 100 méningiomes par an pourraient être attribués à une utilisation prolongée de ces traitements.

Lutéran, Lutényl… Quels sont les risques ?

L’ANSM s’appuie sur une vaste étude épidémiologique menée sur plus de 3 millions de patientes entre le 1er janvier 2007 et le 31 décembre 2018 par le groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare, qui réunit l’Agence du médicament et l’Assurance maladie. L’étude confirme un sur-risque de méningiome chez les femmes exposées à ces médicaments, avec une augmentation du risque « importante » selon la dose utilisée, la durée du traitement et l’âge de la patiente. Ainsi, les femmes dont le traitement dépasse 6 mois voient tripler leur risque, et plus la durée augmente, plus celui-ci augmente : il est multiplié par 12,5 après 5 ans de Lutényl et par 7 après 3,5 ans de Lutéran. L’étude montre par ailleurs que le risque de chirurgie intracrânienne augmente avec l’âge : il est en effet 3 fois plus élevé pour les femmes de 35 à 44 ans, que celles entre 25 et 34 ans.

Quelles sont les recommandations de l’Agence du médicament ?

Suite à cette étude, l’ANSM a mené cet automne une concertation entre experts, associations et patientes, souhaitant exprimer leur opinion sur l’utilisation de ces médicaments. Ces auditions filmées sont disponibles sur la chaîne Youtube de l’ANSM.

De nouvelles recommandations basées sur les réflexions menées par ce comité d’experts ont été publiées par l’ANSM ce 12 janvier 2021. Voici ce qu’il faut retenir :

  • La commercialisation du Lutéran, Lutényl et génériques est maintenue au regard de leur intérêt thérapeutique dans certaines indications.
  • Les femmes qui prennent ou ont pris ces traitements sont invitées à consulter leur médecin afin de faire le point sur la prise en charge, qui pourra être amenée à évoluer selon les cas et/ou à mettre en place un suivi par imagerie cérébrale selon votre situation.
  • Un examen par imagerie cérébrale (IRM) est préconisé pour toute femme qui prendrait du Lutényl ou du Lutéran pendant plus d’un an, quel que soit l’âge, puis tous les deux ans tant que le traitement est poursuivi, et en cas de symptôme évocateur de tumeur.
  • Les femmes doivent enfin être attentive aux symptômes évocateurs d’un méningiome (maux de tête fréquents, troubles de la vision, du langage ou de l’audition, vertiges, troubles de la mémoire…) et consulter dès que possible votre médecin en cas de symptômes.

Comment les patientes vont-elles être informées ?

Pour accompagner la mise en application de ces recommandations, un dispositif d’information, élaboré par des médecins et associations, est en préparation. Ce dispositif d’information s’articulera dans un premier temps sur 2 outils :

  • un document d’information à remettre à chaque patiente amenée à démarrer un traitement ou à le poursuivre . Celui-ci précisera ce qu’est un méningiome et fera état du niveau de risque en fonction du traitement pris. Il alertera sur les signes cliniques susceptibles d’être associés à la présence d’un méningiome et précisera la conduite à tenir pour chaque situation (réévaluations au moins une fois par an de la pertinence du traitement, conditions de réalisation d’imageries cérébrales,..).
  • une attestation d’information annuelle à compléter par la patiente et son médecin  afin de favoriser l’échange lors de la consultation et garantir l’information des femmes tant sur le rapport bénéfice / risque de ces médicaments que sur les modalités du suivi par imagerie en cas de traitement. Cette attestation d’information sera à présenter en pharmacie pour obtenir le traitement, selon des conditions qui restent à préciser.

Ces documents dont l’élaboration est le fruit des consultations menées avec les associations de patientes seront disponibles au cours du printemps, précise l’ANSM ce 9 février.

« Nous avons insisté sur l’importance du consentement éclairé », commente à Top Santé, Axelle Ayad N’Ciri, qui représentait l’association Endomind, dans le cadre de la consultation publique sur les traitements Lutényl et Lutéran, organisée par l’ANSM. Mais, poursuit-elle, « pour qu’il y ait consentement, il faut que les patientes soient pleinement informées. Elles doivent comprendre immédiatement que ce traitement n’est pas anodin. »

Elle souligne encore que l’objectif de cette consultation n’est ni de faire retirer ce traitement du marché, ni d’accabler les médecins qui le prescrivent, ni d’affoler les femmes. « Il faut mettre en place un partenariat patient médecin pour une décision commune ».

En lien avec la Cnam, l’ANSM étudie par ailleurs la possibilité d’adresser un courrier individuel aux médecins ayant prescrit du Lutényl ou du Lutéran et leurs génériques pour les inviter à reprendre contact avec les patientes concernées afin de réévaluer le bien-fondé de leur traitement. En parallèle, les patientes recevraient aussi un courrier personnel les invitant à consulter leur médecin.

Dans quels cas, le traitement peut-il être maintenu ou stoppé ?

L’ANSM est favorable au maintien du traitement :

Lorsque le Lutéran et le Lutényl sont utilisés chez des femmes souffrant de pathologies gynécologiques (hémorragies fonctionnelles, hémorragies liées aux fibromes, mastopathie sévère, endométriose, ménorragies) et que les alternatives thérapeutiques ont échoué ou qu’elles sont contre-indiquées. L’ANSM recommande toutefois un traitement « le plus court possible » et une révaluation du rapport bénéfice/risque au minimum une fois par an.

L’ANSM est défavorable au maintien du traitement dans les indications suivantes :

  • Ménopause, cycle artificiel en association avec un oestrogène
  • Irrégularités du cycle
  • Syndrome prémenstruel (dysménorrhées essentielles)
  • Mastodynies non sévères
  • Contraception (sans facteur de risque cardiovasculaire associé)

Un examen par imagerie cérébrale (IRM) doit être réalisé quel que soit l’âge de la patiente :

  • à tout moment pendant ou après le traitement en cas de signes évocateurs de méningiomes ;
  • au bout d’1 an de traitement lorsque le traitement nécessite d’être poursuivi, puis 5 ans après la première IRM, puis tous les 2 ans tant que le traitement est poursuivi ;
  • à l’initiation du traitement en cas de facteurs de risque identifiés de méningiome (antécédent de radiothérapie encéphalique dans l’enfance ou neurofibromatose de type 2).

Le Dr Geoffroy Robin, gynécologue et Président de la commission Gynécologie Médicale du CNGOF avait expliqué à Top Santé que « les femmes sous Lutéran ou Lutényl ne doivent pas s’affoler au vu de la rareté des méningiomes ». Et de poursuivre : « Certes, ces chiffres peuvent sembler élevés et anxiogènes, mais ils doivent être pondérés du fait de la très faible incidence annuelle des méningiomes dans la population générale : environ 8 à 10 cas/100 000 personnes/an soit 0,008 à 0,01% de la population générale/an. »

En outre, rappelons que le méningiome est dans l’immense majorité des cas une tumeur bénigne du cerveau. « Il n’implique jamais un traitement par chimiothérapie, ni l’apparition de métastases », rassure encore le médecin.

Toutefois, les professionnels ne doivent plus prescrire ce traitement lorsqu’il existe des alternatives (notamment en contraception, à la ménopause ou pour des troubles du cycle menstruel). Et lorsque les femmes n’ont pas d’autre solution thérapeutique, la prescription doit être de courte durée et réévaluée régulièrement. Dans tous les cas, les femmes doivent se rapprocher de leur médecin pour faire le point.

En savoir plus : questions / réponses sur le risque de méningiome sous Lutényl/Lutéran et génériques, ANSM, janvier 2021

Sources : Agence du médicament, dossier complet Lutéran/Lutényl

Sur YAHOO : https://fr.news.yahoo.com/lut%C3%A9ran-lut%C3%A9nyl-m%C3%A9ningiome-lagence-m%C3%A9dicament-111000398.html

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